Premier portrait d’ancien : Thierry Morlet

TM photoIssu de la promotion 1983-1985 de la MST d’Orsay, ancien président de la SELF, actuellement Associé-Gérant du cabinet ANCOE, intervenant dans plusieurs formations dont le Master Ergonomie et Facteurs Humains de l’Université Paris-Sud ET sponsor du congrès de la SELF 2019 … Thierry Morlet place la barre très haute pour ce premier portrait d’ancien !

L’interview qui vous est proposée a été réalisée par Tristan (M2) et Lucie (M1).
Très bonne lecture,
Le bureau de l’ADEO.

Comment êtes-vous arrivé à Orsay ? Quels sont vos souvenirs de cette formation ?

C’est une vieille histoire pour moi et rien ne m’y prédestinait. J’ai commencé par faire des études de pharmacie pendant trois ans. J’avais l’image […] d’un métier avec beaucoup de contacts, et une envie de rendre service aux patients. J’ai trouvé à ce moment-là un poste en officine qui me permettait de payer mes études. Je me suis rendu compte que ce métier n’était pas fait pour moi, je ne me voyais pas vendre des boîtes pendant toute ma carrière. J’ai donc arrêté ce cursus et ai cherché quelque chose qui me correspondait mieux.

En feuilletant un document de l’ONISEP, j’ai découvert une formation de technicien en hygiène et sécurité du travail, spécialité Radioprotection. C’était l’époque des lois Auroux et du développement du parc nucléaire. Au cours de cette formation, lors d’une journée d’ouverture sur notre avenir professionnel, j’ai eu la chance de rencontrer Mauricette Feuillas qui nous a présenté sa fonction d’Ergonome au sein du service R&D de LA POSTE. Ce fut une révélation et j’ai décidé de poursuivre mes études à la MST d’Orsay.

Après le passage de deux équivalences permettant de faire la passerelle DUT – MST, j’ai été accepté et fais ma rentrée en 1983. J’ai le souvenir de deux années très intenses et d’un petit groupe d’étudiants puisque nous n’étions que 13 en deuxième année (dont Sandrine Nahon). Il me restera toujours en mémoire la qualité des échanges avec James Richardson, sa gentillesse, son aide discrète et son attention permanente à nos devenirs.

Pouvez-vous nous retracer votre parcours professionnel ?

A la fin de la formation, il y avait à l’époque un stage de longue durée à effectuer. Je l’ai suivi au sein du Crédit Agricole, Boulevard Pasteur à Montparnasse. Il s’agissait d’analyser l’usage d’une messagerie électronique par les cadres, utilisation qui bouleversait les relations cadre-secrétaire qui existaient alors. J’ai signé un CDD de six mois. Mais cela ne me passionnait pas complètement, j’avais l’impression de rentrer dans un petit train-train « fonctionnaire », ce n’était pas de cela dont j’avais envie. Je me suis donc mis à chercher un autre job.

A l’époque, on ne peut pas dire que l’on croulait sous les annonces de postes en Ergonomie mais je suis tombé sur une annonce de la Société Bertin & Cie [maintenant Human Design Group]. C’était une société que je connaissais pour y avoir fait un job d’étudiant – dépouillement de questionnaires – pour le département Ergonomie. J’ai envoyé une lettre de motivation et mon CV, et j’ai continué à insister très régulièrement par téléphone. Au bout de six mois, j’ai appris mon recrutement

75 candidatures, 3 au finish.

Cela a été pour moi une époque formidable, j’y ai appris le métier de consultant auprès de Pierre Boutin et Marie-Christine Le Port. Nous travaillions déjà à cette époque sur les impacts de la révolution numérique, étions en relation avec l’INRIA et Dominique Scapin et développions auprès des entreprises l’intégration des utilisateurs dans les processus de conception. Le hasard va faire que je dois participer à un procès commercial, en tant qu’expert IHM, et qu’à cette occasion je fais la connaissance d’un consultant savoyard, sorte de « Géo Trouvetou », intéressé par le discours et l’approche ergonomique. Après plusieurs échanges, il me fait alors la proposition de rejoindre sa structure.

Je quitte donc Paris en 1989 et vais retrouver 17 collaborateurs d’univers très différents (IA, Économie, Multimédia, Communication, Organisation, Finance…) avec qui je vais travailler sur des sujets hyper variés : ça allait du système d’écoute de DVD à la FNAC à des dispositifs d’apprentissage du tri des déchets à l’intention d’un public en insertion. Cela dure jusqu’en 1996 ou un matin en arrivant au bureau, nous découvrons que le cabinet est en liquidation et que nous pouvons rentrer à la maison.

Après discussion avec des amis qui me poussent en ce sens, je prends la décision de monter ma propre structure. Je crée ANCOE, le 1 avril 1996 à Albertville. Je m’investis dans le monde de l’Ergonomie auprès de l’ARTEE et de la SELF. Je m’engage dans la formation en participant aux enseignements de l’IETL [Institut d’Eude du Travail de Lyon] de l’Université Lyon Lumière 2 à l’époque du Professeur Édouard Richard et encore aujourd’hui avec Pascal Béguin et Valérie Pueyo. Suite à une première rencontre d’Arnaud Tran Van aux Journées de Bordeaux et plus tard au cours de sa thèse, d’une discussion sur le travail de prestataire en ergonomie, je lui fais la proposition de me rejoindre chez ANCOE. Après 12 années de travail en solitaire, collaborer avec Arnaud constitue un bain de jouvence. Après 3 années de salariat, nous devenons associés et co-gérant d’ANCOE.

J’ai découvert au travers de mes différents engagements le plaisir de transmettre et de partager. La pratique de l’Ergonomie, par sa diversité, m’a permis de ne jamais tomber dans l’ennui et de conserver un regard toujours curieux sur le travail.

Que pensez-vous de l’Ergonomie aujourd’hui ?

Arnaud et moi sommes co-organisateurs avec la SELF du congrès annuel qui se tiendra à Tours cette année. Nous souhaitons en faire un congrès « à part » en ces temps où le monde change et où les conditions et la place du travail sont également en mutation. Faut-il « soigner le travail » ou « changer le travail », ce qui est le propre de l’ergonomie ?

Nous vivons une période métamorphosée par les innovations technologiques, dans un environnement économique mondialisé, avec des questions sociales et sociétales fortes (le développement durable, le réchauffement climatique, par exemple). Nous avons, comme ergonome, un rôle à jouer.

Saurons-nous nous en emparer ?


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